La vie d’une petite fille déportée en camp de concentration racontée aux élèves de 3e Prépa-Pro
deportee-2Que ressent-on, à 11 ans, quand on est séparé de force de son père sans même savoir si on le reverra  jamais ? Et que l’on voit sa mère et ses deux petits frères maltraitées un peu plus chaque jour par d’implacables geoliers? Comment fait-on pour survivre dans le froid, l’inconfort des paillasses des camps, à peine nourri d’un peu de pain noir et de rutabagas, menacé par les poux, la dysenterie et la tuberculose qui font des ravages, terrorisé par les coups de fouet et la hargne des chiens des SS ? C’est à ces questions, et à bien d’autres, que Madame Lili Leignel, 84 ans, est venue répondre jeudi 15 décembre, à la salle du Manège, devant un parterre de collégiens et de lycéens issus de différents établissements de la ville.
Parmi eux, les élèves de la classe de 3e Prépa-Pro du lycée professionnel Saint-Exupéry, accompagnés par M. Arickx, proviseur adjoint, Mme Bailly, professeur de logistique, Mme Bourreli et M. Labendzki, professeurs de lettres-histoire. Tous ont écouté avec attention le terrible récit de cette histoire emblématique de ce qu’ont vécu des millions de juifs d’Europe pendant ces années noires.
Elle commence une nuit d’octobre 1943 de funeste mémoire, quand, vers 3 heures du matin, les SS font irruption au domicile roubaisien de la famille Leignel. Là, parents et enfants sont sommés sans ménagement de rassembler très vite quelques affaires. Ils sont arrêtés et embarqués dans un camion, direction la Belgique et le camp de rétention de Malines. Parce qu’ils sont juifs.
Une fois arrivés, les hommes sont séparés des femmes et des enfants. C’est là que Lili verra son père pour la dernière fois. Mais elle ne le sait pas encore. Il sera envoyé au camp de travail pour hommes de Buchenwald où il sera exécuté par les SS d’une rafale de mitraillette, quinze jours seulement avant l’arrivé des Alliés qui libéreront le camp.

Une violence incroyable et des humiliations au quotidien

Lili continue quant à elle son voyage en compagnie de sa mère et de ses deux petits frères, Robert 9 ans, et André, 3 ans et demi. Mais cette fois c’est dans des wagons à bestiaux qu’ils seront entassés à plus de cent, sans eau ni nourriture, pour arriver au camp de Ravensbrück. Elle y décrit une vie quotidienne totalement abominable : d’étroites et très inconfortables paillasses en bois pour y dormir à deux, tête-bêche, des robes et tenues de bagnard à rayures grises et bleues, un maigre filet d’eau glacé pour la toilette du matin, le froid qui impose sa griffure, la promiscuité. Les poux propagateurs de la dysenterie et l’odeur pestilentielle qui en résulte. Le quignon de pain noir allemand et les rutabagas pour toute nourriture et une eau tiédasse pour toute boisson réconfortante.
Sans compter, la nuit, les cris de cauchemar des enfants, la toux des tuberculeux, les râles des mourants. Quant au jour, c’est aux coups de fouet des SS et aux morsures de leurs chiens plein de hargne qu’il faut savoir échapper. « J’étais terrorisée par les chiens, raconte Lili Leignel. Encore aujourd’hui, j’en ai peur. »
Au printemps 1945, devant l’avancée des Alliés qui ont pénétré en Allemagne et qui marchent désormais vers Berlin d’un bon pas, les nazis décident d’évacuer les déportés de Ravensbrück pour les transférer au camp de Bergen-Belsen. Ce que Lili, sa mère et ses deux frères y découvrent surpasse en horreur tout ce qu’ils ont vu et vécu jusqu’alors. Car le camp de Bergen-Belsen est un mouroir. Sa mère y contracte la dysenterie et est envoyée à l’infirmerie pour y être soignée. Et, à maintenant tout juste 13 ans, Lili est contrainte de s’occuper seule de ses deux frères. Heureusement, un jour d’avril, les soldats anglais viendront enfin la délivrer, elle et ses deux frères. Mais elle sera séparée de sa mère toujours souffrante. Et ce sera le retour vers la France où elle sera recueillie avec ses frères dans la famille d’un chirurgien-dentiste. Les retrouvailles avec sa mère ne se feront qu’un an plus tard. Mais c’est à ce moment aussi qu’elle apprendra qu’elle ne reverra jamais son père.

Des élèves attentifs et intéressés

Les élèves de 3e Prépa-Pro se sont montrés attentifs et intéressés par ce récit incroyable, remarquablement servi par les talents oratoires de Madame Leignel. Ils ont aussi été impressionnés par son courage, sa sérénité et sa détermination à témoigner malgré le tourment du souvenir : «  Cette dame a pris du temps pour nous expliquer les choses en détails », estime Mathys. » Pour Ophélie, « Elle a eu du courage parce que c’est difficile de raconter ça » « Quand sa mère était malade, elle a su s’occuper de ses deux petits frères alors qu’elle n’avait que 13 ans », remarque quant à lui Anthony. « Le passage où elle décrit son voyage dans les wagons à bestiaux est vraiment marquant. », selon Mathéo. Quant à Théo, il pointe la solidarité et la générosité des voisins roubaisiens à son retour en France : « Elle n’avait plus rien, elle a d’abord été accueillie dans une famille, puis les voisins ont donné des meubles à sa mère pour remeubler leur maison qui avait été pillée. »
Au terme de l’heure et quart qu’a duré la conférence, Madame Leignel a voulu conclure sur une note d’espoir et par un message délivré aux jeunes présents devant elle. En les exhortant à ne pas écouter ni ne suivre celles et ceux qui prônent le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie et toutes formes d’exclusion et de rejet de l’autre.

M Labendzki

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